Ce que les jeunes peuvent aujourd’hui faire valoir
Par Luc Renaud
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Les études le montrent, les jeunes se sont investis dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Les jeunes et les étudiants communistes ont mouillé la chemise. Une dynamique qui peut se prolonger lors des élections législatives, si la gauche de transformation sociale sait se rassembler.

Meeting holographique de Jean-Luc Mélenchon, Alpexpo, le 18 avril dernier. La foule, plus de cinq mille personnes. Les militants de la Jeunesse communiste sont là, naturellement. Sur le terrain pour le vote Mélenchon, ils y sont depuis des mois. Et ils travaillent aussi dans tous les compartiments de la lutte. Ce soir-là, aussi pour la solidarité : ils font signer des pétitions pour que la ville de Grenoble donne le nom de Marwan Barghouti, prisonnier palestinien dans les geôles d’Israël, à un lieu public de la ville. Objectif, deux mille signatures d’ici juin, pour engager le processus de la votation citoyenne grenobloise.
Signatures, mais aussi débat politique en ces périodes électorales. « Les étudiants votent Mélenchon », nous indique un militant de l’Union des étudiants communistes. Ce que les résultats du 23 avril confirmeront. Pour lui, c’est logique : « Le programme de Mélenchon a repris beaucoup des propositions de l’UEC, comme le cadrage national des diplômes, le statut étudiant pour sortir de la précarité, la fin des mutuelles et les étudiants sont bien placés pour savoir à quel point ce serait une bonne chose. » Une campagne ancrée dans la réalité des vies qui doivent changer. Campagne qui se poursuivra : le second tour de l’élection présidentielle où l’urgence est d’éviter le pire, sera suivi de mobilisations nécessaires.
A Saint-Martin‑d’Hères, des lycéens travaillent sur le racisme et l’exclusion
Et puis, les élections législatives. « Chez les jeunes, nous avons vécu une dynamique Mélenchon, et ça, c’est un point d’appui pour rassembler la gauche, sur la base de propositions que nombre de jeunes et d’étudiants partagent, et qui peuvent se traduire par une arrivée en masse à l’Assemblée de la gauche de transformation sociale », commente un jeune communiste. Une majorité de gauche, de cette gauche qui ne renonce pas, majoritaire dans un mois ? Belle perspective, plus belle encore peut-être quand on a 20 ans.
Dans l’immédiat, la mobilisation est de rigueur pour que jamais l’extrême-droite n’arrive au pouvoir. Un programme d’exclusion et de division au service des dividendes et des grandes fortunes.
Le 6 avril dernier, des élèves d’une classe de terminale L du lycée Pablo Néruda de Saint-Martin‑d’Hères, ont inauguré une fresque qu’ils avaient réalisée avec l’artiste Marie Mathias. Un travail qui s’est poursuivi tout au long de l’année, en philo, sur le thème : « question d’humanité : le racisme, l’antisémitisme et l’exclusion ». Cette fresque est désormais visible à la maison d’Izieu, lieu de mémoire.
Le 6 avril 1944, 44 enfants juifs et sept éducateurs y furent raflés sur ordre de Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, et déportés. Histoire dont les jeunes lycéens se sont emparés. Et qui n’est pas sans résonance à la veille du second tour de l’élection présidentielle.

Citoyen face à l’informatique, toute une éducation
Dépendant d’une technologie maîtrisée par d’autres ? Par d’autres qui ont ainsi le pouvoir de décider ? C’est ce dont le programme Class’code veut prémunir les jeunes d’aujourd’hui, citoyens de demain.
« Ne fais pas que jouer avec ton smartphone, programme-le ». C’est par cette citation de Barrack Hussein Obama II, que débute l’entretien avec Thierry Viéville, chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique, l’Inria. Cet énoncé est le préambule de la réflexion qui a conduit à la mise en place de Class’Code, un programme de formation qui s’adresse aux professionnels de l’éducation, tout en donnant également une place aux parents. Lancé depuis la rentrée 2016, l’objectif est de former à initier les filles et les garçons de 8 à 14 ans à la pensée informatique. Par ailleurs, une extension concernant la formation des lycéens de toutes sections est accessible via l’option ICN, Informatique et création numérique. Le besoin de former les professeurs de lycée s’est imposé naturellement : l’objectif du projet est de permettre aux futurs citoyens de n’être plus seulement de simples consommateurs mais des créateurs du numérique.
Un programme destiné aux professionnels de l’éducation
Environ 15 000 professionnels des territoires pilotes se sont inscrits aux formations sur l’année 2016–2017 et, pour celles et ceux qui ont déjà réalisé l’ensemble du programme, les retours sont qualitativement très positifs. En effet, cette formation, dispensée sous la forme de cours en ligne ouvert à tous (MOOC, en anglais), enrichie de temps de rencontres multiples, s’appuie sur des ressources éducatives libres et réutilisables, contribuant ainsi à ces bons résultats.
De plus, elle reflète aussi l’évolution du rôle du professeur par rapport à l’élève : il se retrouve dans une posture d’apprentissage et de recherche au même titre que son élève. L’adulte ne détient pas nécessairement le savoir, son rôle, en tant qu’acteur du système éducatif, est de contribuer à forger l’esprit critique de ses élèves en les positionnant au centre de leur développement.
La réponse encourageante de l’éducation nationale à la poursuite de ce programme à l’échelle nationale, démontre d’ailleurs la nécessité de formation des enseignants avec l’introduction de l’initiation au code informatique dans les programmes scolaires ainsi que dans les activités périscolaires. Ceci implique d’adapter la formation des professionnels de tous horizons à cette mission fondamentale – au niveau du plan annuel de formation de l’éducation nationale, le PAF, des écoles de formation des futurs professeurs, ESPE, des formations d’animateurs…
De fait, parmi les premiers constats effectués, il apparaît nettement qu’associer le monde scolaire, péri-scolaire et extra-scolaire soit un facteur incontournable de réussite. Ainsi, la formation laisse-t-elle une large place aux rencontres et incite fortement à élever des ponts entre les différents acteurs de l’éducation.
Construire une pensée critique par rapport aux évolutions numériques
Pour bien cerner les objectifs, il faut préciser ce que Class’Code n’est pas : ce n’est pas un programme pour former de futurs informaticiens ou apprendre à faire classe à l’aide d’un support numérique. Il s’agit en réalité de construire une pensée critique par rapport aux évolutions numériques, en s’appuyant sur un levier fondamental, celui de l’éducation, ainsi que sur les professionnels qui exercent ce métier.
S’inscrire dans une démarche de recherche, c’est renoncer aux évidences, aux visions simplistes et édulcorées : c’est, par exemple, démystifier l’intelligence artificielle, voire lutter contre l’emprise des GAFAM (Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft). Pour cause, ces géants du web n’ont pas seulement pour vocation de gagner des parts de marché, mais également de scléroser notre rapport au monde, notamment numérique, en nous imposant leur vision utilitaire et consumériste comme la seule possible.
Précisément, Class’Code s’est donné comme mission sous-jacente d’aider à former des citoyens éclairés en les familiarisant à la pensée informatique.
La pensée informatique désigne en premier lieu le code, cette succession de 0 et de 1 qui, selon leur combinaison, enregistrent l’information et forment des algorithmes. On parle aussi de langage informatique et ce terme n’est pas choisi par hasard : il s’agit bien d’apprendre une langue, mais également son histoire et les protagonistes qui la jalonnent. Grâce ce langage, on peut converser, ou plutôt programmer, des robots, des objets intelligents, des interfaces… Il est difficile de trouver un domaine qui échappe à ce langage, de fait, l’informatique est une compétence pluridisciplinaire et doit être considérée comme telle dans le cursus scolaire.
Eve Suzanne
Des pionniers dans l’académie… à Évian
Dans l’académie de Grenoble, en Haute-Savoie, des acteurs de l’éducation ont décidé de produire des outils afin d’apprivoiser la numérisation de notre environnement par l’enseignement de la pensée informatique. Ils ont développé le projet PLAIRE, comme Pensée logique algorithmes et informatique des robots d’Évian. L’expérimentation a débuté en 2015 avec une trentaine de robots Thymio, prêtés par l’INRIA, la Maison pour la science en Alpes Dauphiné et l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Le principe est de s’adresser aux enseignants, apprenant et découvrant avec leurs élèves des notions de programmation informatique, et cherchant des solutions aux défis posés en coopérant les uns avec les autres. Car, ce que cet apprentissage apporte aussi, c’est de faire ensemble, d’avancer collectivement pour aller plus loin.
Les algorithmes, un gros mot ?
Le temps des algorithmes (2017), écrit par Serge Abiteboul et Gilles Dowek, chercheurs à l’INRIA, apporte un éclairage salutaire face à la prépondérance des algorithmes dans notre quotidien. Ainsi, expliquent-ils : « Ils transforment les sciences, l’industrie, la société. Ils bouleversent les notions de travail, de propriété, de gouvernement, de vie privée et d’humanité. […] Les algorithmes sont probablement les outils les plus sophistiqués que les hommes aient eu à leur disposition depuis les commencements de l’histoire de l’humanité. […] Ils seront ce que nous voulons qu’ils soient : à nous de choisir le monde que nous voulons construire ».
Un nouveau campus dédié au numérique pour la rentrée 2017
Intitulé « Campus Région », la Région Auvergne Rhône-Alpes proposera dès la rentrée prochaine de suivre des formations au sein de sept écoles, débouchant sur des métiers tels que développeur web et mobile, administrateur de systèmes et réseaux, gestionnaire d’infrastructures , webdesigner, expert en transformation numérique, etc.
Parmi ces écoles, une nouvelle verra le jour, Le 101, en partenariat avec l’école 42 fondée par Xavier Niel, le fondateur de Free. Cette école sera dédiée au codage, gratuite, et s’adressera aux jeunes adultes, avec ou sans diplôme.
Installé à Lyon, ce campus doit incarner, pour Laurent Wauquiez, président de la Région « le cœur d’une future Silicon vallée européenne »…