Trois communistes adjoints à la culture dans les trois premières villes du département

Par Luc Renaud

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Iseult Brenier, Lencka Propavka et Alexis Monge.
Iseult Brenier, Alexis Monge et Lencka Popravka sont en charge des politiques culturelles des villes de Saint-Martin-d’Hères, Grenoble et Echirolles. Et ils ont bien l’intention de travailler ensemble, dans le contexte d’une attaque frontale de la culture, tant par le biais des coupes budgétaires que par la mise sous emprise des imaginaires que mettent en œuvre les gouvernements et les milliardaires d’extrême droite. Regards croisés.

« La région et le dépar­te­ment fonc­tion­ne­ment dans la logique de l’appel à pro­jets. Les com­pa­gnies sont ame­nées à pro­po­ser des créa­tions qui entrent dans le cadre de cri­tères éta­blis par l’institution. Cela revient à une entrave à la créa­tion. Je crois au contraire que nous devons mettre au centre de nos poli­tiques cultu­relles locales la liber­té de créa­tion. » Iseult Bre­nier est adjointe appa­ren­tée com­mu­niste, à la culture à la mai­rie de Saint-Martin‑d’Hères. Tout comme le sont Len­cka Poprav­ka à Échi­rolles et Alexis Monge à Gre­noble. Trois élus qui échangent et par­tagent des convic­tions affir­mées.

Mettre en lumière une ambition culturelle face à l’offensive des Gafam

Alexis Monge situe l’enjeu de ces poli­tiques dans le cadre du pou­voir des Gafam (Google, Apple, Face­book, Ama­zon et Micro­soft). « Ces mul­ti­na­tio­nales amé­ri­caines captent non seule­ment nos don­nées, mais sur­tout tra­vaillent à modi­fier nos ima­gi­naires, à prendre le pou­voir cultu­rel à l’échelle pla­né­taire. Face à cette offen­sive, notre ambi­tion est celle du ren­for­ce­ment du lien social et de la créa­tion cultu­relle par et pour les habi­tants. » Cadre posé qui appelle des poli­tiques cultu­relles non seule­ment trans­ver­sales – équi­pe­ments cultu­rels, asso­cia­tions, ser­vices enfance et jeu­nesse, centres sociaux… –, mais aus­si expri­mées, expo­sées, affi­chées comme telles avec l’objectif de « don­ner envie de lâcher son télé­phone ».

Len­cka Poprav­ka l’explicite dans une col­la­bo­ra­tion entre une ins­ti­tu­tion cultu­relle recon­nue et les poli­tiques de la petite enfance. La scène de la Rampe « orga­nise des rési­dences d’artistes. L’une des ces rési­dences a déve­lop­pé un pro­jet dans les crèches et les écoles de la ville. Au départ, les familles – et notam­ment les mamans – venaient récu­pé­rer les gamins à la porte de la salle. Au fur et à mesure, les parents ont été invi­tés à assis­ter aux repré­sen­ta­tions. Avec leurs enfants, ils sont deve­nus « légi­times à entrer ». C’est cette décons­truc­tion des murs fron­tières que nous vou­lons favo­ri­ser ».

Un terreau fertile

Pour ce faire, les trois adjoints com­mu­nistes ne partent pas de rien, pour le moins. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai à Échi­rolles et Saint-Martin‑d’Hères. « Je n’imaginais pas la richesse de l’action cultu­relle de la ville », témoigne Iseult Bre­nier. « À Échi­rolles, c’est un foi­son­ne­ment d’initiatives de pro­grammes, de mani­fes­ta­tions très diverses », note Len­cka Poprav­ka. À Échi­rolles, trois musées, une scène conven­tion­née art et créa­tion – la Rampe –, un conser­va­toire de musique, un centre du gra­phisme… À Saint-martin‑d’Hères, une salle de spec­tacle, l’Heure bleue, un centre d’art contem­po­rain – l’espace Val­lès, recon­nu natio­na­le­ment –, l’espace cultu­rel René Pro­by, Mon Ciné, salle art et essai.… Tan­dis que Gre­noble accueille la MC2, mais aus­si la Belle élec­trique ou l’Ampérage, l’Espace 600, le musée de pein­ture, le musée dau­phi­nois, etc. Le fruit de décen­nies d’engagement de muni­ci­pa­li­tés de gauche aux côtés de la créa­tion artis­tique et de ses acteurs.

Des acquis, des atouts, qui sont aujourd’hui confron­tés à une crise bud­gé­taire. Les finances des col­lec­ti­vi­tés locales sont gra­ve­ment affec­tées par les poli­tiques d’austérité des gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dés. Mais plus encore « nous sommes confron­tés à une crise inédite : la consom­ma­tion d’objets cultu­rels prend le pas sur les pra­tiques cultu­relles, les arts vivants », sou­ligne Alexis Monge.

Plus seulement « aller vers »

D’où l’ambition par­ta­gées par les trois élus de tis­ser des liens entre les publics, de favo­ri­ser la diver­si­té des ini­tia­tives des ins­ti­tu­tions cultu­relles, de dépas­ser l’opposition entre « culture  savante » et « culture popu­laire ».

« Nous devons aller vers un appro­pria­tion par les habi­tants des lieux qui portent l’étiquette de la culture », estime Iseult Bre­nier en pre­nant l’exemple de l’espace René Pro­by. « c’est un lieu de créa­tion vivante dont le quar­tier peut peut-être davan­tage s’emparer ». Ce qui passe par­fois par des ini­tia­tives simples. « En période de cani­cule, les enfants ont pu suivre leur cours dans des salles du musée de Gre­noble, au milieu de tableaux ; ce n’était pas une visite de musée avec com­men­taires savants – ce qui est très utile par ailleurs – mais sim­ple­ment de l’art au quo­ti­dien, en plus de la fraî­cheur de la cli­ma­ti­sa­tion », explique Alexis Monge. Tout comme Len­cka Poprav­ka se féli­cite de l’impact dans le quar­tier popu­laire de la Luire de l’activité de l’école de cirque Aux agrès du vent. Un va-et-vient cultu­rel qui peut s’appuyer sur les asso­cia­tions comme sur les acteurs cultu­rels, avec un objec­tif : valo­ri­ser toutes les cultures, per­mettre l’accès des cultures dites popu­laires – parce qu’elles sont consti­tu­tives d’identités sociales, com­mu­nau­taires ou fes­tives – à la recon­nais­sance. « Ce n’est pas seule­ment « aller vers », c’est aus­si s’ouvrir et accueillir », résume Len­cka Poprav­ka. En uti­li­sant l’outil de « l’hybridité », ajoute Alexis Monge, la capa­ci­té à irri­guer d’actes cultu­rels l’ensemble des poli­tiques publiques qui s’adressent aux habi­tants.

Trois élus communistes, un atout pour les habitants de l’agglomération

Trois mois après leur entrée en fonc­tion, les trois élus découvrent. « J’ai tout de suite été plon­gée dans le grand bain », sou­rit Iseult Bre­nier. « Décou­vrir les rouages des ins­ti­tu­tions, ren­con­trer les asso­cia­tions, les acteurs cultu­rels, l’administration… », décrit Len­cka Poprav­ka. Avec un constat com­mun aux trois villes, l’engagement, l’investissement sans faille des agents qui animent les dif­fé­rents ser­vices et équi­pe­ments culu­rels.

Trois élus com­mu­nistes en charge de la culture dans les trois pre­mières villes de l’agglomération gre­no­bloise et une vice-pré­si­dente com­mu­niste en charge de ce sec­teur à la métro­pole, c’est sans nul doute un atout pour les habi­tants de l’agglomération. « On se connaît, on se parle, on échange sur nos pra­tiques et nos dif­fi­cul­tés… c’est une vraie richesse », sou­ligne Alexis Monge.

Comme un nou­veau cha­pitre qui s’ouvre dans la très riche his­toire cultu­relle de l’agglomération gre­no­bloise.

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