Isère. Urgence de solidarité avec les Kurdes

Par Edouard Schoene

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De gauche à droite Ali , Mariano Bona, Zoya Vergain, Maryvonne Mathéoud, Elfie, Chantal Morel.

L’Association iséroise des amis des Kurdes (AIAK) tenait une conférence de presse le 5 juin pour alerter sur l’urgence de développer des actions de solidarité face à la répression que subissent les Kurdes en Turquie, Syrie, Iran, Irak mais également en France.

Chan­tal Morel a rap­pe­lé le dérou­lé de l’effroyable répres­sion subie par Pinar Selek dont le cin­quième pro­cès se tien­dra fin juin. « En 1994, Pinar Selek est en troi­sième année de socio­lo­gie, à l’université en Tur­quie. Un cama­rade kurde l’invite chez lui à Urfa, pour lui pré­sen­ter sa famille. ‘’Là j’ai décou­vert, écrit-elle, une chose incroyable : les gens ne par­laient pas turc. J’ai décou­vert une autre culture, j’ai décou­vert un peuple et sa lutte. J’ai com­pris que l’état turc était véri­ta­ble­ment en guerre contre les Kurdes. J’appartenais à l’identité domi­nante, je ne savais pas’’. Elle se lance alors dans une recherche de socio­lo­gie sur le mou­ve­ment armé kurde et réa­lise de nom­breux entre­tiens en se dépla­çant dans les vil­lages, dans les mon­tagnes de l’est ana­to­lien, en Alle­magne, en France… Le 11 juillet 98, elle est kid­nap­pée dans la rue, pous­sée dans une voi­ture par des hommes en civil (elle pense que ce sont des proxé­nètes en colère, car elle essaye de sor­tir les pros­ti­tuées du cir­cuit de la pros­ti­tu­tion). Mais ce ne sont pas des proxé­nètes et elle est emme­née au poste de police. L’interrogatoire com­mence, il s’agit de lui faire avouer les noms des mili­tants kurdes qu’elle a ren­con­trés pour son enquête socio­lo­gique, ce qu’elle refuse caté­go­ri­que­ment. Durant 7, 8 jours, elle est tor­tu­rée phy­si­que­ment. » Elle est incar­cé­rée pour « aide à une orga­ni­sa­tion ter­ro­riste ». Une opé­ra­tion est alors menée pour lui faire por­ter la res­pon­sa­bi­li­té d’un atten­tat qui n’a jamais exis­té et pour lequel elle com­pa­rait en jus­tice. Le 23 mai 2008, Pinar Selek est acquit­tée pour la deuxième fois par la 12e cour pénale d’Istanbul. Elle s’enfuit, mena­cée d’emprisonnement. Le 28 juin une jour­née de soli­da­ri­té se tien­dra à Lyon pour la troi­sième audience du cin­quième pro­cès, en pré­sence de Pinar Selek.
intervenants

Chan­tal Morel.

Elfie est ensuite inter­ve­nue pour un rap­pel his­to­rique de la bataille de Koba­né (2014) et du pro­cès inten­té par le pou­voir turc, en mai der­nier, pour condam­ner 108 militants·es ayant par­ti­ci­pé à des actions de soli­da­ri­té avec les com­bat­tants syriens qui avaient mené une bataille vic­to­rieuse contre Daesh. Dix-huit per­son­na­li­té kurdes étaient déjà en pri­son à l’ouverture du pro­cès (dont Sela­hat­tin Demir­tas , ex co pré­sident du par­ti HDP. Tous les pré­ve­nus ont été condam­nés pour des peines allant de 4 ans à 42 ans d’emprisonnement. Une des condam­nées a décla­ré : « ce n’est pas la jus­tice qui nous condamne mais le par­ti pré­si­den­tiel AKP ».
intervenants

Elfie.

Zoya Ver­gain, pré­si­dente de l’association Iran soli­da­ri­té, a pris la parole pour rendre compte de la mobi­li­sa­tion en cours pour la libé­ra­tion de Too­maj Sale­hi condam­né à mort et de Saman Yasin condam­né à cinq ans de pri­son, tous deux rap­peurs Kurdes/iraniens et infor­mer sur la situa­tion en Iran. Elle a notam­ment sou­li­gné la situa­tion éco­no­mique dif­fi­cile en Iran avec 60% de la popu­la­tion en situa­tion de pau­vre­té. Dans ce contexte la répres­sion du pou­voir est catas­tro­phique (834 pen­dai­sons en 2023, 20 000 arres­taions depuis le début du mou­ve­ment « femmes, vie, liber­té »). « Le gou­ver­ne­ment isla­miste d’Iran compte par­mi les pre­mières orga­ni­sa­tions cri­mi­nelles au monde. »
intervenants

Zoya Ver­gain.

Maria­no Bona a déve­lop­pé une inter­ven­tion sur la répres­sion dont sont vic­times les Kurdes en France. « Les Kurdes ont com­bat­tu Daech à Koba­nê ou Raq­qa en Syrie, ils se battent pour la démo­cra­tie et le res­pect des droits humains en Tur­quie ou en Iran. Leurs luttes pour leurs droits et la démo­cra­tie, contre l’obscurantisme dji­ha­diste a coû­té la vie à des mil­liers de jeunes Kurdes. Ils subissent des années d’emprisonnement après des pro­cès arbi­traires en Tur­quie , une grande par­tie des condam­nés à mort en Iran sont des Kurdes. De nom­breux Kurdes en France sont des réfu­giés fuyant la per­sé­cu­tion en rai­son de leur enga­ge­ments démo­cra­tiques. Les mili­tants kurdes réfu­giés en France n’ont jamais repré­sen­té une menace pour l’ordre public fran­çais. Ce sont eux qui sont agres­sés et qui ont été vic­times de deux atten­tats meur­triers. Le 9 jan­vier 2013 avec l’assassinat de trois mili­tantes kurdes par un loup gris, sans doute avec l’implication des ser­vices secrets turcs. Le 23 décembre 2022, une fusillade près du centre cultu­rel kurde fait trois morts : deux réfu­giés poli­tiques et une res­pon­sable inter­na­tio­nale du mou­ve­ment kurde. Cette tue­rie sur­vient presque 10 ans jour pour jour après l’attentat du 9 jan­vier 2023. Le 2 juin, vers 14h30 des Loups Gris turcs ont atta­qué un ras­sem­ble­ment kurde devant le Conseil de l’Europe à Stras­bourg. Ils ont fil­mé l’attaque et dif­fu­sé les images sur les réseaux sociaux. Mais au lieu d’arrêter les agres­seurs, la police a arrê­té plu­sieurs Kurdes tan­dis que les médias locaux parlent de « rixe entre com­mu­nau­tés turque et kurde » ! Au lieu d’être pro­té­gés, les Kurdes en France subissent des arres­ta­tions, du har­cè­le­ment judi­ciaire et admi­nis­tra­tif, voire des expul­sions comme celle de trois mili­tants en mars der­nier, avec toutes les consé­quences grave que cela com­porte pour eux d’être remis aux auto­ri­tés turques. On cherche à inti­mi­der les mili­tantes et les mili­tants avec par exemple le gel de leurs avoirs, ce qui rend leur vie quo­ti­dienne très com­pli­quée et les plonge dans une pré­ca­ri­té très grande. Des Kurdes se voient reti­rer leur sta­tut de réfu­gié, ce qui peut signi­fier leur expul­sion. Le sta­tut de réfu­gié n’est du coup plus la pro­tec­tion durable vou­lue par la conven­tion de Genève. Que leur reproche-t-on en réa­li­té ? De mani­fes­ter, de par­ti­ci­per à des réunions publiques, d’agir publi­que­ment pour la défense de leurs droits cultu­rels et poli­tiques, d’être des oppo­sants à R.T. Erdo­gan ? Mais si c’est cela, on s’attaque aux fon­de­ments même des droits et liber­tés de nous toutes et tous ! De sou­te­nir le PKK , une des prin­ci­pales orga­ni­sa­tions qui mènent la lutte pour la recon­nais­sance des droits cultu­rels et poli­tiques des Kurdes en Tur­quie ? Tout peuple a droit à la résis­tance pour défendre ses droits et liber­tés. La Cour de cas­sa­tion belge a sta­tué le 28 jan­vier 2020 en dis­po­sant que le PKK n’est pas une orga­ni­sa­tion ter­ro­riste, confir­mant la déci­sion de la cour d’appel de Bruxelles du 8 mars 2019, qui esti­mait que le PKK était par­tie à un conflit interne à la Tur­quie. Par ailleurs, dans ses conclu­sions adop­tées en décembre 2023, le Conseil de l’Europe a réaf­fir­mé à pro­pos de la Tur­quie « les vives pré­oc­cu­pa­tions que lui ins­pire le recul per­sis­tant et très inquié­tant dans les domaines de la démo­cra­tie, de l’É­tat de droit et des droits fon­da­men­taux. » . La répres­sion contre les Kurdes en France de ces der­niers mois a vrai­sem­bla­ble­ment pour seule source la volon­té de satis­faire les demandes de T.R Erdo­gan, de lui don­ner des gages à un moment où la situa­tion géos­tra­té­gique fait que la Tur­quie joue un rôle impor­tant dans deux conflits majeurs : l’Ukraine et la Pales­tine. Nous n’acceptons pas de lais­ser les droits et liber­tés des Kurdes en France être remis en cause au nom d’une real­po­li­tik oublieuse des prin­cipes fon­da­men­taux d’accueil et de pro­tec­tion des per­sonnes per­sé­cu­tées dans leur pays en rai­son de leur com­bat pour les droits et liber­tés. »
Mariano-Bona/

Maria­no Bona.

Le co pré­sident d’AIAK, Ali, a don­né des infor­ma­tions récentes sur la répres­sion subie par les démo­crates en Tur­quie Mary­vonne Mathéoud, copré­si­dente d’AIAK, a conclu en infor­mant de la pré­sence d’un stand AIAK à la fête du Tra­vailleur alpin, d’un débat vers 15h le same­di 29 juin sur le stand d’AIAK. Une annonce a été faite de la publi­ca­tion pro­chaine d’un livret repre­nant l’intégralité des contri­bu­tions de la confé­rence de presse.

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