Bonnard au musée de Grenoble

Par Jean-Claude Lamarche

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L’après-midi bourgeoise.

Pierre Bon­nard est né en 1867 et mort en 1947. L’é­poque de sa jeu­nesse est celle de la pein­ture impres­sion­niste et de l’es­sor de la pho­to­gra­phie avant l’in­ven­tion du ciné­ma dans la der­nière décen­nie du XIXe siècle, de la décou­verte de l’art des estampes japo­naises et de la redé­cou­verte de Ver­meer de Delft. Au cours de sa vie les mou­ve­ments, en pein­ture, n’ont ces­sé de se suc­cé­der : néo-impres­sion­nisme, postim­pres­sion­nisme, poin­tillisme, divi­sio­nisme, nabis, fau­visme, expres­sion­nisme, construc­ti­visme, cubisme, orphisme, abs­trac­tion, sur­réa­lisme… Cette énu­mé­ra­tion pour consta­ter qu’à l’ex­cep­tion du groupe des nabis dont il fut une per­son­na­li­té de pre­mier plan aux côtés d’E­douard Vuillard, Mau­rice Denis, Félix Val­lot­ton… Bon­nard ne s’est ins­crit dans aucun de ces cou­rants, même si l’ob­ser­va­tion de sa pein­ture démontre qu’il a bien absor­bé et digé­ré de mul­tiples influences, de mul­tiples pro­cé­dés et tech­niques pic­tu­rales, aus­si bien clas­siques que modernes.

KODAK

La place de Cli­chy.

On peut par­ler de « diges­tion » pour expli­quer ce qui, consciem­ment ou pas, va réap­pa­raître dans son oeuvre au fil de sa pro­duc­tion. Japo­nisme des grands a‑plats, mais aus­si des sil­houettes d’une per­sonne ou d’un ani­mal, d’une trame d’élé­ments d’ar­chi­tec­ture. Cadrages pho­to­gra­phiques ou ciné­ma­to­gra­phiques qui donnent des per­son­nages décen­trés ou cou­pés par le bord du cadre, ayant l’air de ren­trer dans le champ, ou d’en sor­tir, et qui confèrent à la scène un carac­tère à la fois d’ins­tan­ta­né et de mou­ve­ment. Mou­ve­ment qui résulte aus­si des points de vue mul­tiples, de Cézanne puis des cubistes, en par­ti­cu­lier dans les scènes d’in­té­rieur où les pre­miers plans hori­zon­taux sont redres­sés pour nous offrir une vue de des­sus avec un arrière plan vu de face, d’où le sen­ti­ment du spec­ta­teur, dont le regard bouge comme celui de l’ar­tiste, de péné­trer à l’in­té­rieur du tableau, d’en­trer dans l’in­ti­mi­té du lieu. Sen­ti­ment qui peut être ren­for­cé par une vue en plon­gée, la hau­teur de la ligne d’ho­ri­zon, la fer­me­ture de l’es­pace, mais aus­si la bana­li­té subli­mée des lieux et des objets repré­sen­tés : ici, on pense à Ver­meer et à Char­din. Sen­ti­ment qui est encore sus­ci­té par le carac­tère char­nel, sen­suel d’une pein­ture en même temps très pudique. Espace fer­mé, et pour­tant un jeu de mise en abyme, de tableaux dans le tableau, der­rière une porte ouverte, à tra­vers une fenêtre, dans un miroir … Une mise en abyme, outil du réa­lisme, chez un artiste qui, tout en sem­blant vou­loir s’en éloi­gner, ne peut se pas­ser de la réa­li­té. La pein­ture de Bon­nard est dia­lec­tique ! Un tableau de Bon­nard, c’est une leçon de pein­ture.

L'indolente/

L’in­do­lente.

L’ex­po­si­tion du musée de Gre­noble s’in­ti­tule Bon­nard, les cou­leurs de la lumière. C’est bien titré ! Héri­tier des impres­sion­nistes qui pei­gnaient la lumière, de Gau­guin qui exalte la cou­leur, Bon­nard peint avec la lumière, ou les lumières, qui peuvent être natu­relles ou pro­duites par le pétrole, le gaz ou l’élec­tri­ci­té, il crée la matière avec la lumière par l’ap­pli­ca­tion de touches de cou­leur pure, en n’ex­cluant pas un tra­vail sur les trans­pa­rences. Ces touches répan­dues sur la toile se mélangent dans l’oeil du spec­ta­teur dont la vision en est trans­for­mée.

Le

Le cor­sage rouge.

Beau­coup de visi­teurs décou­vri­ront, à l’oc­ca­sion de cette expo­si­tion , que Bon­nard avait des liens étroits avec l’I­sère puisque, dans sa jeu­nesse, il venait régu­liè­re­ment dans la pro­prié­té pater­nelle, Le Clos, au Grand-Lemps, où il passe tous ses étés de 1899 à 1917, et l’é­té 1918 à Uriage. Il pein­dra de nom­breux tableaux ayant pour cadre des inté­rieurs ou le jar­din de cette pro­prié­té, mais aus­si le châ­teau de Virieu, le lac de Pala­dru, le Bec de l’E­chaillon… Il effec­tue­ra même une période mili­taire à Bour­goin. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut aller voir cette expo­si­tion, c’est parce que, comme l’é­crit Pierre Cour­thion en 1945, Bon­nard est le « peintre du mer­veilleux » et c’est sur­tout un mer­veilleux peintre.

Bonnard, les couleurs de la lumière
Musée de Grenoble, jusqu’au 30 janvier 2022
Gratuit pour les moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi, les personnes handicapées, et les premiers dimanche du mois pour tous.

 

Cita­tions

Bon­nard est le peintre des rêve­ries sous la lampe et des matins fra­giles, l’in­can­ta­teur des ombres chaudes et odo­rantes, le poète des ver­dures bleues sous les grands ciels incan­des­cents.

Pierre Cour­thion

Comme le plus rare des artistes, il donne l’im­pres­sion d’a­voir inven­té la pein­ture.

Elie Faure

Une toile de Bon­nard « on y pénètre comme dans la mai­son du sage et on y sur­prend cent mer­veilles aux­quelles il n’a pas l’air de prê­ter atten­tion ».

Fran­cis Car­co

Ce jeune artiste ira loin car il a un oeil de peintre.

Pis­sar­ro à son fils, à pro­pos de Pierre Bon­nard

Nu

Nu devant le miroir.

KODAK

L’a­te­lier au mimo­sa.

La

La sor­tie du bain.

Intérieur

Inté­rieur blanc.

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